SUR PAROLES

  • ELLES
    paroles : Antoine Fantin

    Note : chanson sur les noms donnés aux prostituées selon l'endroit et la manière dont elles exercent leur activité.


    La Chandelle stationne au coin d’une rue le soir,
    et clignote des fesses en rallumant ses fards.

    La Marcheuse tricote une lisière au trottoir,
    c’est les mailles de ses bas que file un ex-taulard.

    L’Echassière nichant sur un tabouret au bar,
    à des jambes aussi longues que le sont ses regards.

    L'Amazone aux volants de sa longue robe noire,
    te débraille, se débride sans débrayer s’égare.

    Elles ont des ailes,
    pour monter haut,
    pour s’envoler bien plus beau...
    qu’le septième ciel !

    La Zonarde au faubourg a un œil au beurre noir,
    des bleus en tant d’couleurs qu’on jurerait un Renoir.

    La Serveuse Montante tu lui glisses un pourboire,
    pour sa pomme, ses passions ou un kir à la poire.

    L’Entraîneuse est naïve, toute assoiffée d’histoires,
    Inaugure l’Cordon Rouge et sans discours se barre.

    La Bucolique se cueille auprès des bois, des squares,
    sous sa guêpière essaiment ceux qu’ont l’bourdon le soir.

    Elles ont des ailes,
    pour monter haut,
    pour s’envoler bien plus beau...
    qu’le septième ciel !

    La Michetonneuse à la terrasse du hasard, racole les passants
    des petits des grands boulevards.

    La Caravelle c’est les palaces, les aérogares,
    et détourne son pigeon au crash de sa boite noire.

    La Call Girl un coup d’fil et décroche un rencard,
    dans un pub, au juke box, prend un drink et vingt dollars.

    L’Etoile Filante fait trois passes et puis repart,
    fais ton vœux, n'en dis rien, c'est son secret d’un soir.

  • LE MARCHÉ
    paroles : Antoine Fantin

    Ils ont la connaissance des tables d’antan,
    des saveurs de l’enfance, des parfums savants,
    la rigueur des nuances et l’odeur du safran,
    ils ont la connaissance des tables d’antan.

    Ce sont des durs qui bien souvent s’ébrèchent,
    d’un sourire aux lèvres, d’un doux compliment.
    Ils ont les joues creuses, pleines, rondes, sèches,
    mais sanguines, indispensablement !

    Ils s’en viennent d’un moyen âge apprivoisé,
    d’un pays délaissant ses villages aux abois,
    descendant des sentiers muletiers,
    d’une ferme à l’ancienne aux croyances d’autrefois.

    Enlumineurs de matins, patriarches des saisons,
    montreurs de chemins aux yeux clairs et perçants,
    compliments au détail, sourires en promotion :
    ils ont la connaissance des tables d’antan !

    Ici on solde l’été ! On s’débarrasse ! Tout doit partir !
    Et avec ça ? C’est pour combien ? J’viens vous servir !
    Et ça nous fait un kilo deux... tenez ! V’nez sentir !
    J’vous en mets une de plus... pour les beaux yeux d’vot’e sourire !

    Ils ont ces gueules qui se creusent et se plient,
    ces gueules à voix fortes et criblées d’accents,
    qui haranguent et s’étranglent mieux qu’elles ne crient,
    gorge renflée d’un foulard s’éraille joliment !

    !Ils ont des mots qui s’éparpillent en gestes,
    des mains terreuses aux engelures bleu pâle,
    de longues mains nombreuses tant sont prestes
    la folle cacophonie de leur chorale !

    Alors comment ça va cette semaine ?
    Et avec ceci ? Pour l’jeune homme ça s’ra ?
    Les trois quinze balles ! J’vous en mets une douzaine ?
    Une livre ou deux ? C’est au tour d’la d’moiselle je crois ?

    Sur les auvents de ce tumulte d’odeurs,
    les fragrances s’effrangent tissant leur royaume,
    sous l’ombre lente des marronniers en fleurs,
    qui essaiment en roses nuées d’arômes.

    Alors que s’éloigne le pas des matinaux,
    les rives odorantes parquées de couleurs,
    sentent gronder l’affluence des flots,
    où s’en vont se prendre au collet des senteurs :

    tous les endimanchés, tous les badauds,
    le remuement des jeunes ménages,
    les petites listes et les landaus,
    les flâneurs effarés par ce tapage !

    A ce prix là on hésite plus ma p’tite dame...
    On se l’arrache, on s’félicite, on s’en souvient !
    J’vous ai rendu vot’e monnaie ? Ca nous fait 200 grammes !
    A qui l’tour ? Elle est encore fraîche de c’matin !

    Les mains échangent, les mains s’empressent,
    les mains se chargent, les mains acquiescent,
    les doigts ficellent, le stylo trace,
    la foule s’emmêle et l’oiseau passe...

    Ils sont gros ! Ils sont sucrés ! Dix balles tout rond !
    Dix balles dix balles dix balles ! les trois gousses !
    Y’en aura pas pour tout l’monde ! Quelle couleur vot’e poivron ?
    Des avocats pour ce prix là, mais c’est la justice pour tous !

    La confusion des bruits et des parfums, brusquement,
    attristent l’humeur et c’est le corps encore ébruité,
    que de la foule aux bras lourds on s’isole doucement,
    pour regagner sa rue, sa vie, ses préférences esseulées...

  • UN PEU POLAR
    paroles : Antoine Fantin

    On s’est rencontré, un soir d’été.
    Toi : ton avenir tout aiguillé…
    Moi : sans bagage, et sur l’départ…
    comme dans un roman d’gare !

    On s’est aimé, passionnément.
    Toi : doux et bon et bon amant
    Moi : timide et toute chose…
    comme dans un roman rose !

    On s’est déchiré, pour deux fois rien.
    Pour des colères, posant soudain :
    ma vie sur le fil du rasoir…
    comme dans un roman noir !

    On s’est retrouvé, toujours.
    malgré l’délié, de nos détours.
    L’orage la pluie : ça nous abreuve…
    comme dans un roman-fleuve !

    Toi t’as du style, moi du crayon,
    qui te sous-titre, ma langue de plomb.
    Et si nos yeux cassent leur bail…
    on s’lira encore fut-ce en braille !

    Mais parfois ça m’prend, souvent le soir
    Ca m’vient comme par inspiration :
    j’m’habille de mes idées noires…
    J’me sens froissée, tout brouillon
    J’tourne en rond, j’fume trop
    J’comprends brouillard à notre histoire
    des choses m’échappent tout est zéro !
    Quand j’suis un peu polar !

    J’vois tout en jaune sur fond noir
    même mes souvenirs se polarisent
    sur l’Polaroïd de ma mémoire
    à renifler l’indice sur mes chemises
    je dis plus rien sous ton faisceau
    j’attends qu’ça s’classe dans tes tiroirs
    J’crois plus en rien et rien c’est trop
    Quand j’suis un peu polar !

    Mais pire encore si pour un peu
    je claque la porte et te bazarde
    j’guette ton coup d’fil comme un coup d’feu !
    Je tremble un peu, j’ai un peu froid.
    L’ombre s’enfuit, et court sur toi.
    Glissent les larmes de ton crime…

    Ca tourne court ce Cluédo
    y’a trop d’cadavres, plus rien à boire,
    pas de meurtrier : juste une mytho :
    qui s’fait son vieux polar. 

    Soudain tu reviens, et ça va mieux.
    Tu ouvres le grand livre de tes yeux :
    où y’a tous mes maux tous mes feux !
    Alors on mêle les manuscrits
    de nos deux mains, sans faire d’histoire,
    sous la couverture de notre lit…
    Dans notre vieux plumard !

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